Kessel

🇺🇲 Voici pourquoi Trump veut s'emparer du Groenland

On parle de l'euro qui perd du terrain contre le dollar, des 50 milliards d'euros d'économies en 2025, de l'Indonésie qui rejoint les BRICS, du Livret A qui va tomber à 2,5% et de Trump qui pourrait déclarer l'état d'urgence économique. Pour le décryptage, on parle de la volonté du président des États-Unis d'acquérir le Groenland.

Économix
6 min â‹… 09/01/2025

Voici ce que j’ai pour vous cette semaine :

L’EURO CONTINUE DE DÉGRINGOLER FACE AU DOLLAR AMÉRICAIN

Sur l’année 2024, la devise européenne a chuté de plus de 6% face au billet vert pour atteindre un ratio de 1 euro pour 1,03 dollars. En 2021, 1 euro équivalait par exemple à 1,22 dollars. L'euro a été pénalisé par différents facteurs en 2024 : Tout d’abord, la Banque centrale européenne a débuté son cycle de baisses de taux directeurs en juin, soit trois mois avant la Réserve fédérale américaine (Fed). Une baisse des taux qui a rendu les actifs libellés en euros moins attractifs pour les investisseurs. Par ailleurs, la conjoncture américaine s'est une nouvelle fois mieux tenue en 2024, dans son ensemble, que celle de la zone euro, ce qui a contribué à la force du billet vert. L’arrivée de Trump à la Maison Blanche a rajouté une couche de pression sur l’euro étant donné que sa politique est perçue comme favorable au dollar. Une politique qui est censée amplifier la croissance des entreprises sur le sol américain, notamment avec la hausse des droits de douane prévue, devrait soutenir la devise américaine par rapport aux autres devises dont l’euro, bien que cela pourrait entraîner une hausse de l’inflation aux États-Unis. Pour les pays européens cela implique donc que les biens achetés en dollars (comme le pétrole, le gaz,) deviennent plus chers en euros. En revanche, les produits européens deviennent moins chers en termes de dollars pour les clients étrangers, ce qui peut stimuler les exportations vers les États-Unis. En tant que consommateur, voyager aux États-Unis, et donc consommer sur le sol américain coûte plus cher avec un dollar qui s’apprécie. En revanche, les épargnants qui détiennent des actifs directement libellés en dollars bénéficient de cette force du billet vert.

LE MINISTRE DE L’ECONOMIE VISE 50 MILLIARDS D’EUROS D’EFFORTS EN 2025

C’est 10 milliards de moins que le gouvernement précédent de Michel Barnier qui visait 60 milliards d’euros d’économies. Pour y parvenir, le gouvernement, dont le nouveau ministre de l’Economie Eric Lombard, souhaite maintenir la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, qui devrait rapporter de l'ordre de 8 milliards d'euros cette année. Sa version initiale devait concerner les entreprises qui réalisent au moins un milliard d’euros de chiffre d’affaires, soit autour de 450 sociétés et devait être limitée à deux ans. La hausse de la taxe sur les billets d’avion fait également partie des mesures qui devraient être conservées. Un éventuel relèvement du prélèvement forfaitaire unique (“flat tax”), actuellement de 30%, est également sur la table, bien que la nouvelle ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a expliqué qu’il n’y aura “pas de nouveaux d’impôts ni de hausses d’impôts qui pénaliseraient le pouvoir d’achat de la classe moyenne.” Eric Lombard vise un déficit public entre 5% et 5,5% cette année contre environ 6% en 2024. Ces mesures, entre autres, pourraient être intégrées dans le nouveau projet de loi de finances 2025 que l'exécutif mené par François Bayrou commencera à débattre dans l’hémicycle à partir de la mi-janvier.

L’INDONÉSIE REJOINT OFFICIELLEMENT LES BRICS

Le pays le plus peuplé du Sud-Est asiatique avec ses 280 millions d’habitants devient donc le 10e membre du bloc. Initialement créé en 2009 par le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, 4 autres membres ont rejoint le bloc en 2024, à savoir l'Iran, l'Egypte, l'Ethiopie ou les Emirats arabes Unis l'an dernier. L’Indonésie apporte donc sa pierre à l’édifice, avec une projection de croissance annuelle du PIB supérieure à 5% sur les prochaines années selon le FMI. Alors que le Brésil vient de prendre la présidence tournante de ce “club” d'économies émergentes, le ministère brésilien des Affaires étrangères a expliqué ce lundi que la coopération entre pays du “Sud global” et le développement des moyens de paiement pour faciliter les échanges commerciaux entre pays membres font partie des priorités affichées de la présidence brésilienne des Brics, qui a débuté officiellement le 1er janvier. Lors du dernier sommet des Brics, en novembre, à Kazan, en Russie, les pays du bloc ont évoqué la possibilité de se passer du dollar américain comme devise de référence pour ces échanges. Dans la foulée, le président élu des Etats-Unis, Donald Trump, a menacé les pays du groupe de “arifs douaniers de 100%” s'ils créaient “une nouvelle monnaie des Brics” pour remplacer le dollar. Le sommet des Brics doit se dérouler cette année en juillet à Rio de Janeiro.

LE LIVRET A VA BAISSER À 2,5%

Le ministre de l’Economie a expliquĂ© que le taux du livret prĂ©fĂ©rĂ© des français, avec plus de 400 milliards d’euros d’encours au total, va “tomber autour de 2,5 %” au 1er fĂ©vrier, alors que le taux avait Ă©tĂ© gelĂ© Ă  3 % depuis le 1er aoĂ»t 2023. Une baisse qui s’explique par la formule de calcul du Livret A qui s’appuie sur le niveau d’inflation sur les 6 derniers mois et sur le niveau des taux interbancaires. Ce qui implique donc que si l’inflation reste au mĂŞme niveau que novembre et dĂ©cembre 2024, c’est-Ă -dire Ă  1,3 %, le rendement net du Livret A sera de 1,2 %. Un chiffre qui est donc vouĂ© Ă  Ă©voluer en fonction de la hausse ou de la baisse de l’inflation. Concrètement, en imaginant que le taux du Livret A soit fixĂ© Ă  2,5 % toute l’annĂ©e, bien qu’il pourrait Ă©voluer au 1er aoĂ»t prochain, la baisse du rendement de 0,5 point sur 1000 euros placĂ©s toute l’annĂ©e aboutirait Ă  une baisse de 5 euros de rendement en moins en 2025 par rapport Ă  2024, c’est 35 euros de moins au niveau de l’encours moyen en France qui est de 7000 euros, et au niveau du plafond du Livret A qui est Ă  22950 euros, la baisse du rendement serait de 114,75 euros par rapport Ă  2024.  

DONALD TRUMP POURRAIT DÉCLARER L’ÉTAT D’URGENCE ÉCONOMIQUE NATIONALE

Une information relayĂ©e par le mĂ©dia amĂ©ricain CNN qui permettrait au prĂ©sident des États-Unis de justifier lĂ©galement la mise en place de son programme de tarifs douaniers et qui l'autorise Ă  gĂ©rer les importations en cas d'urgence nationale. Plus prĂ©cisĂ©ment en invoquant l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), Trump pourrait restreindre ou interdire certaines importations et exportations, bloquer des transactions financières impliquant des entitĂ©s Ă©trangères ou encore geler des actifs Ă©trangers situĂ©s aux États-Unis. Ces pouvoirs peuvent ĂŞtre exercĂ©s sans l'approbation prĂ©alable du Congrès, ce qui confère au prĂ©sident une grande latitude pour agir unilatĂ©ralement dans un contexte d'urgence nationale. En vertu de la loi sur les urgences nationales, le prĂ©sident doit identifier une “menace inhabituelle et extraordinaire” qui soit dirigĂ©e soit sur la sĂ©curitĂ© nationale, politique Ă©trangère ou l’économie des États-Unis. Ce cadre est volontairement vague et laisse une grande discrĂ©tion au prĂ©sident pour dĂ©terminer ce qui constitue une menace "inhabituelle et extraordinaire". Trump pourrait ĂŞtre donc motivĂ©e par des prĂ©occupations sur le dĂ©ficit commercial, la concurrence Ă©trangère jugĂ©e “dĂ©loyale”, notamment de la Chine ou sur la sĂ©curitĂ© industrielle. Cela s’inscrit dans la promesse de Trump d'imposer des droits de douane de 10% sur les importations aux États-Unis et de 60% sur les produits chinois. Il a Ă©galement dĂ©clarĂ© qu'il imposerait des droits de douane de 25% sur les importations canadiennes et mexicaines dès le premier jour de son mandat, c’est-Ă -dire le 20 janvier. 



L’exploration Éco de la semaine

Groenland : au cœur d’un jeu de puissance mondiale

“Pour la sĂ©curitĂ© nationale et la libertĂ© Ă  travers le monde, les États-Unis d’AmĂ©rique estiment que la propriĂ©tĂ© et le contrĂ´le du Groenland en font une nĂ©cessitĂ© absolue”, avait Ă©crit le 5 janvier Donald Trump sur Truth Social. 

Et si la plus grande Ă®le du monde devenait l’épicentre d’une bataille gĂ©opolitique sans prĂ©cĂ©dent ? Alors que Donald Trump, prĂ©sident Ă©lu des États-Unis, Ă©voque sans dĂ©tour une intervention militaire pour sĂ©curiser le Groenland, l’Arctique s’affirme comme un nouvel Ă©chiquier stratĂ©gique oĂą s’affrontent les ambitions des grandes puissances. Lors d’une confĂ©rence de presse mardi 7 janvier dans sa rĂ©sidence en Floride, Donald Trump a rĂ©pĂ©tĂ© son ambition d’annexer le Groenland (ainsi que le canal de Panama), sans exclure le recours Ă  la force si besoin, Ă©voquant des mouvements de bateaux russes et chinois autour de l’île, et menaçant le Danemark de droits de douane â€śtrès Ă©levĂ©s” s’il ne renonçait pas Ă  ce territoire autonome.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis disposent d’une présence militaire sur l’île, symbolisée par la base spatiale de Pituffik, à seulement 1 500 km du pôle Nord. Cette base, qui héberge 200 militaires américains et 450 alliés, joue un rôle clé dans le système d’alerte contre les missiles et la surveillance spatiale. Mais son importance stratégique grandit au rythme de la fonte des glaces, qui ouvre de nouvelles routes commerciales et intensifie les tensions entre les États-Unis, la Chine et la Russie.


Le Groenland est riche en minéraux et en gisements de pétrole

Un enjeu stratégique pour les grandes puissances
Autonome depuis 1979, le Groenland a son drapeau, sa langue et ses institutions. En revanche, la justice (comme on a pu le voir lors de la dĂ©tention du militant Ă©cologiste Paul Watson), la politique monĂ©taire, Ă©trangère de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ© dĂ©pendent toujours de Copenhague. Le Groenland est devenu une prioritĂ© pour Washington face Ă  l’intĂ©rĂŞt croissant de PĂ©kin et Moscou pour l’Arctique. “Les États-Unis considèrent dĂ©sormais l’Arctique comme une rĂ©gion de compĂ©tition gĂ©opolitique”, explique Mikkel Runge Olesen, chercheur Ă  l’Institut danois d’études internationales. ProximitĂ© des passages maritimes arctiques, surveillance des sous-marins russes, contrĂ´le des ressources naturelles : le Groenland concentre des intĂ©rĂŞts vitaux pour les États-Unis.

En 2019, Donald Trump avait dĂ©jĂ  surpris le monde en proposant d’acheter le Groenland, le qualifiant de “formidable opĂ©ration immobilière”. En 2024, le discours change : “Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sĂ©curitĂ© nationale”, a-t-il martelĂ©, pointant la menace posĂ©e par les navires russes et chinois dans la rĂ©gion. D’autant qu’avec avec le rĂ©chauffement climatique et la fonte des zones glacĂ©es de l’Arctique, de nombreuses compagnies minières chinoises font les yeux doux au Danemark, depuis des annĂ©es, pour ouvrir de nouvelles routes commerciales depuis l’île.

Le Groenland regorge de ressources
Ă€ l'intĂ©rieur se trouvent de prĂ©cieux minĂ©raux de terres rares nĂ©cessaires aux tĂ©lĂ©communications, ainsi que de l'uranium, des milliards de barils de pĂ©trole inexploitĂ©s et de vastes rĂ©serves de gaz naturel, autrefois inaccessibles, mais qui le sont de moins en moins. Un grand nombre de ces minĂ©raux sont actuellement fournis principalement par la Chine, de sorte que d'autres pays, tels que les États-Unis, sont intĂ©ressĂ©s.

Le Danemark : conciliant mais vigilant
Le Danemark, garant de la sécurité du Groenland, maintient une présence militaire limitée sur l’île, avec seulement 75 hommes au sein de son commandement arctique. Conscient des failles dans sa capacité à défendre cette vaste région, Copenhague a récemment annoncé des investissements massifs : 2 milliards de dollars pour renforcer ses infrastructures militaires, incluant des drones, des navires, des chiens de traîneau et l’extension d’une piste pour accueillir des avions F-35.

Malgré des tensions latentes, le Danemark reste ouvert au dialogue. Lars Løkke Rasmussen, ministre des Affaires étrangères, a déclaré vouloir collaborer plus étroitement avec Washington pour satisfaire leurs ambitions dans l’Arctique, tout en réaffirmant que le Groenland “n’est pas à vendre”.

Groenland : entre dépendance et indépendance
Pour les 57 000 habitants du Groenland rĂ©partis sur 2,2 millions de km², ce qui reprĂ©sente la plus faible densitĂ© de population au monde, l’avenir est une question d’équilibre entre indĂ©pendance et sĂ©curitĂ©. Bien qu’autonome, l’île reste liĂ©e au Danemark pour sa dĂ©fense et son Ă©conomie. Mais la quĂŞte d’indĂ©pendance politique, bien qu’encore lointaine, prend de l’ampleur Ă  l’approche des Ă©lections d’avril prochain.

Les discussions sur une présence militaire américaine renforcée divisent. Si certains responsables groenlandais se disent rassurés par l’idée d’un appui accru des forces américaines, d’autres s’inquiètent des implications d’un tel partenariat. “Nous ne voulons pas d’une nouvelle puissance coloniale”, confie un responsable au Financial Times, tout en reconnaissant que l’île ne peut se défendre seule.

L’Union europĂ©enne (UE) a qualifiĂ© ce mercredi 8 janvier les menaces d’annexion du Groenland par Donald Trump d’extrĂŞmement â€śhypothĂ©tiques”, soulignant son attachement Ă  la souverainetĂ© des États. Elle a toutefois prĂ©cisĂ© que l’article 42.7 du traitĂ© de Lisbonne, clause de dĂ©fense mutuelle entre les États membres de l’UE, s’appliquait au Groenland, territoire autonome du Danemark. Le chef de la diplomatie française, Jean-NoĂ«l Barrot, a estimĂ© qu’il n’était â€śpas question” que l’UE laisse des pays â€śs’en prendre Ă  ses frontières souveraines” . La porte-parole du gouvernement français Sophie Primas a dĂ©noncĂ©, elle, â€śune forme d’impĂ©rialisme” en rĂ©action aux menaces d’annexion de Donald Trump.

Un avenir à négocier
Pour Trump, obtenir le Groenland, même symboliquement, nécessitera plus qu’une rhétorique agressive. “Les États-Unis doivent prouver ce qu’ils peuvent offrir au Groenland”, souligne Olesen. Alors que les tensions géopolitiques continuent de monter, l’Arctique se positionne comme un théâtre crucial où se joue non seulement la sécurité des États-Unis, mais aussi l’avenir d’une île au cœur des ambitions mondiales.


Le Graph’ de la semaine


De quoi s’inquiètent les Français ?


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Merci d'avoir pris le temps de lire cet article. À la semaine prochaine !

Laurent - Cosmos Finance

Économix

Par Laurent Cosmos Finance

L’économie pour tous. Vraiment pour tous.

Je m’appelle Laurent, fondateur de Cosmos Finance, et depuis 2022, je me suis donné une mission : rendre l’économie intelligible, utile et accessible à chacun.

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Une conviction : la connaissance économique, c’est un droit

Je crois profondément qu’un citoyen bien informé est un citoyen plus libre. Aujourd’hui encore, le manque de culture économique est un vrai facteur d’inégalité — il freine la mobilité sociale, la compréhension des enjeux publics, et l’autonomie financière. Ce n’est pas une fatalité.

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