On parle de Bayrou qui demande un effort à tous les français, des prix de l'immobilier qui rebondissent, des ventes de Tesla en berne, de Musk qui quitte l'administration Trump et des droits de douane du président américain. Pour le décryptage, on parle de la tournée en Asie du Sud-Est du président français.
François Bayrou, Premier ministre français, a lancĂ© ce mardi matin un appel à « un effort national » au micro de RMC, promettant de dĂ©voiler dĂ©but juillet un ambitieux plan de rééquilibrage des comptes publics. Ce programme, Ă©talĂ© sur « trois Ă quatre ans », impliquera tous les citoyens, sans exception, pour sortir dâune situation financiĂšre « quâon a laissĂ© grandir », selon ses propres termes. Le contexte est critique : fin 2024, la dette publique française a atteint un niveau inĂ©dit de 3 505,3 milliards dâeuros, reprĂ©sentant dĂ©sormais 113 % du PIB national. Dans le mĂȘme temps, le dĂ©ficit public, lâĂ©cart entre les recettes et les dĂ©penses de lâĂtat, a bondi Ă 5,8 % du PIB. Des chiffres alarmants, illustrant la dĂ©gradation continue des finances du pays. Dans un rĂ©cent rapport choc, la Cour des comptes pointe une Ă©volution inquiĂ©tante : le ratio des dĂ©penses publiques par rapport au PIB augmente pour la premiĂšre fois depuis 2020, passant de 56,4 % en 2023 Ă 56,7 % en 2024. Pierre Moscovici, prĂ©sident de la Cour, ne cache pas son scepticisme face aux objectifs du gouvernement. Selon lui, lâambition de rĂ©duire le dĂ©ficit public Ă 5,4 % dĂšs cette annĂ©e, et sous les 3 % dâici 2029, paraĂźt aujourdâhui quasi-irrĂ©alisable. Moscovici Ă©voque ainsi une nĂ©cessaire correction budgĂ©taire de lâordre de 110 milliards dâeuros, un montant qui a doublĂ© en seulement deux ans, passant des 50 milliards initialement estimĂ©s. Si rien ne change, prĂ©vient-il, la dette pourrait frĂŽler les 125 % du PIB dâici 2029. Plus inquiĂ©tant encore, la charge de la dette â le coĂ»t des remboursements annuels des emprunts contractĂ©s par lâĂtat â exploserait Ă 112 milliards dâeuros par an, devenant le premier poste budgĂ©taire du pays, dĂ©passant largement celui consacrĂ© Ă lâĂducation nationale. Face Ă ce tableau alarmant, le gouvernement veut agir vite et fort. François Bayrou mise donc sur un message clair et solennel : chaque Français devra participer Ă lâeffort collectif. Ce sera sans doute la plus grande opĂ©ration de rééquilibrage budgĂ©taire depuis des dĂ©cennies, une manĆuvre politique et Ă©conomique dĂ©licate, qui testera la solidaritĂ© nationale face Ă un dĂ©fi historique.
AprĂšs plusieurs mois de turbulences, le marchĂ© immobilier français reprend enfin des couleurs. Selon l'indice Notaires-Insee publiĂ© ce mardi 27 mai, les prix des logements anciens affichent une hausse notable de 1 % sur le premier trimestre 2025. Un retournement de situation significatif, alors que ces mĂȘmes prix Ă©taient en repli constant depuis un an et demi. Ă l'Ă©chelle annuelle, la progression atteint dĂ©sormais 0,5 %, mettant ainsi fin Ă une sĂ©rie de six trimestres consĂ©cutifs de baisse. Cette embellie se traduit concrĂštement par une activitĂ© nettement plus dynamique sur le marchĂ© : lâINSEE rapporte que prĂšs de 880 000 transactions immobiliĂšres ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es sur les douze derniers mois jusqu'Ă fin mars, soit une augmentation marquĂ©e de 6 % comparĂ© Ă septembre 2024. ParticuliĂšrement en vue, la rĂ©gion Ăle-de-France enregistre un bond spectaculaire des ventes : selon les notaires du Grand Paris, celles-ci ont grimpĂ© de plus de 21 % au premier trimestre 2025 par rapport Ă la mĂȘme pĂ©riode en 2024. MĂȘme Ă Paris, ville symbole de la stabilitĂ© immobiliĂšre, les prix suivent le mouvement avec une progression moyenne de 0,4 % durant cette pĂ©riode. En rĂ©gion, le rebond se gĂ©nĂ©ralise avec des prix qui connaissent une hausse moyenne de 0,7 % dâune annĂ©e sur lâautre, traduisant un regain dâoptimisme parmi les acheteurs potentiels. Ce sursaut du marchĂ© immobilier sâexplique principalement par des conditions dâaccĂšs au crĂ©dit redevenues favorables. En effet, les taux dâintĂ©rĂȘt moyens se sont nettement assouplis, tombant Ă seulement 3 % en avril 2025 contre 4,2 % Ă la fin de lâannĂ©e 2023 (hors assurance), selon lâObservatoire crĂ©dit logement/CSA. Cet assouplissement des taux entraĂźne mĂ©caniquement une relance du crĂ©dit immobilier, avec 12 milliards dâeuros de nouveaux prĂȘts accordĂ©s en mars 2025 â un bond impressionnant par rapport aux 7 milliards enregistrĂ©s un an plus tĂŽt, d'aprĂšs les donnĂ©es rĂ©centes de la Banque de France. Cette dynamique retrouvĂ©e laisse prĂ©sager une pĂ©riode porteuse pour le marchĂ© immobilier français, dĂ©sormais soutenu par une amĂ©lioration des perspectives Ă©conomiques et financiĂšres.
Avril 2025, Elon Musk accuse le coup : Tesla subit une chute vertigineuse de ses ventes en Europe, avec un plongeon spectaculaire de 52,6 %, selon les derniers chiffres dĂ©voilĂ©s par lâACEA. Une claque pour la marque amĂ©ricaine qui dominait encore rĂ©cemment le marchĂ© du vĂ©hicule Ă©lectrique sur le vieux continent. Sur les quatre premiers mois de l'annĂ©e, la situation est tout aussi alarmante. Tesla enregistre une baisse cumulĂ©e de 46,1 %, avec seulement 41 677 immatriculations contre 77 314 Ă la mĂȘme pĂ©riode l'annĂ©e derniĂšre. RĂ©sultat : la part de marchĂ© du constructeur sâeffondre Ă seulement 1,1 %. Les raisons de cette dĂ©bĂącle ? Une gamme vieillissante qui peine Ă rivaliser avec une concurrence europĂ©enne et chinoise de plus en plus dynamique. La Model Y, autrefois leader incontestĂ©e, nâest plus quâau neuviĂšme rang des ventes de vĂ©hicules Ă©lectriques en Europe. DĂ©sormais, câest le SUV Skoda Elroq du groupe Volkswagen qui truste la premiĂšre place. Ă cela sâajoute la figure dâElon Musk lui-mĂȘme, dont les positions politiques controversĂ©es et les liens Ă©troits avec lâadministration Trump alimentent une mĂ©fiance grandissante auprĂšs des consommateurs europĂ©ens. Pourtant, le marchĂ© du vĂ©hicule Ă©lectrique est loin d'ĂȘtre en crise. Au contraire, il affiche une solide progression de +26,4 % en avril, atteignant dĂ©sormais 15,3 % du total des ventes de vĂ©hicules neufs. Mais Tesla manque clairement le coche : ce sont dĂ©sormais les marques chinoises comme BYD, MG, Xpeng ou Leapmotor qui en profitent, affichant une croissance exceptionnelle de +59 %, bien supĂ©rieure Ă la moyenne du marchĂ©. Face Ă ce tableau, ce sont les hybrides qui tirent leur Ă©pingle du jeu. En 2025, les ventes de vĂ©hicules hybrides classiques bondissent de +20,8 %, tandis que les hybrides rechargeables progressent de +7,8 %, avec des performances remarquables en Allemagne et en Espagne. Cette montĂ©e en puissance des hybrides sâeffectue au dĂ©triment des vĂ©hicules thermiques traditionnels, qui continuent de reculer (-20,6 %). Parmi les grands groupes automobiles, Volkswagen consolide sa position de leader en Europe, avec une hausse modĂ©rĂ©e de +2,9 % en avril. Stellantis limite la casse (-1,1 %) grĂące Ă de belles performances des marques Peugeot, Jeep et Alfa Romeo. Pendant ce temps, la pression chinoise sâintensifie. Bruxelles a dĂ©jĂ dĂ©gainĂ© en imposant des droits de douane sur les voitures Ă©lectriques chinoises. Mais la question se pose dĂ©sormais pour les hybrides rechargeables : lâEurope doit-elle aussi protĂ©ger ce segment de marchĂ© face Ă l'offensive chinoise ? Câest lâinterrogation soulevĂ©e par Felipe Munoz, analyste chez Jato, alors que la concurrence venue de Chine se fait chaque jour plus menaçante.
Elon Musk a annoncĂ© mercredi son dĂ©part prĂ©cipitĂ© de lâadministration Trump, clĂŽturant un passage gouvernemental aussi bref qu'explosif. NommĂ© « employĂ© spĂ©cial » au DĂ©partement de lâefficacitĂ© gouvernementale (DOGE), Musk Ă©tait chargĂ© de rationaliser radicalement lâappareil fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain. Une tĂąche titanesque qu'il avait attaquĂ©e avec fracas, mais qui sâachĂšve sur un bilan mitigĂ© et des tensions palpables. La Maison-Blanche a rapidement officialisĂ© le retrait du dirigeant fantasque. Musk avait anticipĂ© la communication officielle en remerciant Donald Trump sur sa plateforme X, affirmant : « Mon engagement public touche bientĂŽt Ă sa fin. » Un retrait loin d'ĂȘtre anodin, survenant juste aprĂšs une critique acerbe du milliardaire envers le nouveau projet fiscal rĂ©publicain, qualifiĂ© de « trop coĂ»teux » et jugĂ© incompatible avec les objectifs ambitieux du DOGE. Une sortie mal perçue dans les couloirs du pouvoir Ă Washington, notamment par Stephen Miller, directeur adjoint de cabinet, qui sâest empressĂ© de calmer les inquiĂ©tudes de plusieurs sĂ©nateurs rĂ©publicains quant Ă lâengagement rĂ©el de Trump envers la rĂ©forme fiscale. Tout avait pourtant commencĂ© sous les meilleurs auspices. En fĂ©vrier, Musk faisait sensation au Conservative Political Action Conference, brandissant une tronçonneuse rouge sous les applaudissements nourris de ses partisans. « Voici la tronçonneuse de la bureaucratie ! » clamait-il alors, promettant d'Ă©conomiser Ă lâĂtat fĂ©dĂ©ral la somme vertigineuse de 2 000 milliards de dollars. Musk n'avait pas hĂ©sitĂ© Ă critiquer une fonction publique jugĂ©e inefficace et coĂ»teuse, espĂ©rant que la fin du tĂ©lĂ©travail post-COVID provoquerait naturellement sa rĂ©duction. Mais son style provocateur et ses mĂ©thodes radicales ont rapidement créé des dissensions au sein mĂȘme de lâexĂ©cutif amĂ©ricain. Plusieurs hauts responsables, dâabord sĂ©duits par sa dĂ©marche iconoclaste, se sont peu Ă peu Ă©loignĂ©s de lui, soutenus discrĂštement par Trump qui rappelait dĂšs mars que les dĂ©cisions de personnel Ă©taient du ressort des secrĂ©taires dâĂtat, pas de Musk. Ses rĂ©formes les plus dures ont ainsi Ă©tĂ© progressivement mises en pause. Musk a multipliĂ© les affrontements avec des figures majeures de lâadministration Trump : Marco Rubio aux Affaires Ă©trangĂšres, Sean Duffy aux Transports, Scott Bessent au TrĂ©sor, et surtout Peter Navarro, le conseiller au commerce quâil qualifia publiquement de « crĂ©tin fini ». Navarro, imperturbable, rĂ©torqua simplement : « On mâa dĂ©jĂ traitĂ© de pire. » DĂ©but avril, Musk prĂ©parait dĂ©jĂ clairement sa sortie. Lors dâune confĂ©rence avec les analystes suivant Tesla, il annonçait vouloir lever le pied sur les affaires publiques pour recentrer son attention sur ses entreprises. Son mandat de 130 jours devait initialement se terminer fin mai. Il part donc un peu en avance, mais insiste : « La mission du DOGE continuera et ne fera que se renforcer. » Sous la houlette de Musk, environ 260 000 postes de fonctionnaires, soit 12 % des effectifs civils, ont Ă©tĂ© supprimĂ©s selon une analyse rĂ©alisĂ©e par Reuters. Ces coupes sĂ©vĂšres rĂ©sultent principalement de menaces de licenciements, de dĂ©parts volontaires et de retraites anticipĂ©es. Encore mardi, Musk critiquait ouvertement le projet budgĂ©taire rĂ©publicain, lâaccusant dâaggraver le dĂ©ficit public plutĂŽt que de le rĂ©duire. Des propos qui ont ravivĂ© les inquiĂ©tudes de ses actionnaires, pressĂ©s de le voir dĂ©finitivement quitter la politique pour se concentrer sur les dĂ©fis de Tesla. MalgrĂ© tout, Elon Musk reste la premiĂšre fortune mondiale, loin devant ses concurrents Mark Zuckerberg et Jeff Bezos. Son implication sans prĂ©cĂ©dent, exercĂ©e sans mandat officiel mais avec une influence quasi-prĂ©sidentielle, aura coĂ»tĂ© prĂšs de 300 millions de dollars en soutien Ă Trump et aux rĂ©publicains en 2024. Une somme que Musk a dĂ©cidĂ© de rĂ©duire drastiquement dĂ©sormais. « Je pense avoir fait ma part », a-t-il conclu, presque soulagĂ©, lors dâun rĂ©cent forum Ă©conomique Ă Doha.
Nouveau rebondissement dans la bataille commerciale entre Donald Trump et ses partenaires commerciaux. Moins de vingt-quatre heures aprĂšs avoir Ă©tĂ© bloquĂ©s par le tribunal de commerce international des Ătats-Unis (ITC), les droits de douane imposĂ©s par l'administration Trump ont Ă©tĂ© provisoirement rĂ©tablis ce jeudi par une Cour d'appel fĂ©dĂ©rale. Une dĂ©cision Ă©clair qui offre un rĂ©pit au prĂ©sident amĂ©ricain en attendant que la justice tranche dĂ©finitivement sur le fond du dossier. Mercredi, lâITC avait portĂ© un coup sĂ©vĂšre Ă la politique commerciale de Donald Trump en jugeant quâil avait outrepassĂ© ses prĂ©rogatives en imposant des droits de douane gĂ©nĂ©ralisĂ©s sans approbation explicite du CongrĂšs. La dĂ©cision de premiĂšre instance visait non seulement les surtaxes imposĂ©es au Canada, au Mexique et Ă la Chine, accusĂ©s de laxisme face au trafic de fentanyl, mais aussi les fameux droits « rĂ©ciproques » imposĂ©s dĂ©but avril et censĂ©s concerner tous les pays du monde, actuellement plafonnĂ©s provisoirement Ă 10 %. Face Ă ce coup d'arrĂȘt brutal, la rĂ©action de la Maison Blanche ne s'est pas fait attendre. Le gouvernement amĂ©ricain a immĂ©diatement dĂ©posĂ© une requĂȘte urgente pour maintenir l'application des droits de douane, annonçant mĂȘme ĂȘtre prĂȘt Ă saisir la Cour suprĂȘme. Ce jeudi, la Cour d'appel a rĂ©pondu favorablement Ă cette demande, consolidant deux procĂ©dures distinctes â l'une initiĂ©e par un groupe de petites entreprises, l'autre par une coalition d'Ătats amĂ©ricains â en un seul dossier. Cette volte-face juridique a Ă©tĂ© saluĂ©e par l'administration Trump, qui considĂšre la dĂ©cision initiale de lâITC comme « manifestement erronĂ©e ». Le bras de fer judiciaire sâannonce dĂ©sormais intense, alors que le prĂ©sident amĂ©ricain insiste pour dĂ©fendre sa politique Ă©conomique radicale, justifiant ces surtaxes par un dĂ©ficit commercial quâil juge « totalement inacceptable » et par diverses pratiques commerciales quâil qualifie de dĂ©loyales. Du cĂŽtĂ© des partenaires commerciaux des Ătats-Unis, la dĂ©ception est palpable. La Chine a immĂ©diatement appelĂ© Washington à « annuler totalement » ces surtaxes jugĂ©es « injustifiĂ©es », dĂ©nonçant un protectionnisme « qui ne profite Ă personne ». Au Canada, le Premier ministre Mark Carney a exprimĂ© sa satisfaction initiale devant le Parlement aprĂšs la dĂ©cision de lâITC, tout en soulignant que les relations commerciales avec les Ătats-Unis demeurent « profondĂ©ment menacĂ©es » par les droits de douane encore actifs sur l'acier, l'aluminium et le secteur automobile. Au cĆur de cette bataille, câest le cadre lĂ©gal lui-mĂȘme qui est remis en question. Les juges de lâITC ont pointĂ© que la loi d'urgence Ă©conomique de 1977 (IEEPA), invoquĂ©e par Trump, ne permet pas au prĂ©sident dâimposer des surtaxes illimitĂ©es sans justifier une menace « extraordinaire et inhabituelle ». Un des magistrats a mĂȘme soulignĂ© dans une opinion Ă©crite quâune telle interprĂ©tation serait « anticonstitutionnelle » et reviendrait à « dĂ©lĂ©guer un pouvoir lĂ©gislatif au prĂ©sident ». Alors que le climat Ă©conomique mondial reste extrĂȘmement tendu, tous les regards se tournent dĂ©sormais vers les prochaines dĂ©cisions judiciaires, dĂ©terminantes pour l'avenir des Ă©changes internationaux. Une chose est sĂ»re : cette saga juridique et commerciale est loin dâĂȘtre terminĂ©e.
AprĂšs avoir arpentĂ© l'OcĂ©an Indien en avril pour protĂ©ger les intĂ©rĂȘts stratĂ©giques français, Emmanuel Macron est reparti ce lundi 26 mai Ă la conquĂȘte de lâAsie du Sud-Est. Au menu de ce voyage trĂšs attendu : Vietnam, IndonĂ©sie et Singapour. DerriĂšre les discours diplomatiques, le prĂ©sident français cherche avant tout Ă sĂ©curiser de lucratifs contrats pour les entreprises françaises et Ă renforcer une position stratĂ©gique fragilisĂ©e par l'Ă©rosion de l'influence française en Afrique.
Macron a dĂ©butĂ© son voyage par le Vietnam, une ancienne colonie française oĂč son prĂ©dĂ©cesseur François Hollande avait dĂ©jĂ rĂ©coltĂ© des contrats record en 2016. Le prĂ©sident français n'a pas déçu : prĂšs de 9 milliards dâeuros d'accords commerciaux ont Ă©tĂ© signĂ©s, avec Ă la clĂ© des gains substantiels pour les gĂ©ants industriels français.
Grand vainqueur de cette opĂ©ration, Rodolphe SaadĂ©, patron de CMA CGM, repart avec un contrat de 600 millions de dollars pour la construction dâun terminal portuaire Ă HaĂŻphong. Airbus a Ă©galement tirĂ© son Ă©pingle du jeu avec la vente de 20 avions gros-porteurs A330-900 Ă la compagnie Vietjet, dont le montant, tenu secret, pourrait atteindre plusieurs milliards d'euros. Le secteur spatial n'est pas en reste, Airbus Defence and Space discutant actuellement la livraison d'un nouveau satellite d'observation pour remplacer celui vendu en 2013. Quant au nuclĂ©aire civil, la France tente de s'imposer face Ă la concurrence russe et chinoise dans ce pays rĂ©cemment converti Ă lâatome.
Pendant que les affaires Ă©taient conclues en coulisses, Macron livrait publiquement un plaidoyer pour un « ordre mondial fondĂ© sur le droit », dĂ©nonçant implicitement les « superpuissances » chinoise et amĂ©ricaine. Une stratĂ©gie claire : prĂ©senter la France comme un acteur modĂ©rĂ© et respectueux, loin des affrontements frontaux entre PĂ©kin et Washington. Mais derriĂšre ces belles paroles, impossible d'oublier la violence historique de lâimpĂ©rialisme français en Indochine, et sa dĂ©termination Ă dĂ©fendre ses intĂ©rĂȘts, quoi qu'il en coĂ»te.
Ă Djakarta, deuxiĂšme Ă©tape de sa tournĂ©e, Macron a Ă©tĂ© reçu en grande pompe par le prĂ©sident indonĂ©sien Prabowo Subianto, gĂ©nĂ©ral autoritaire au pouvoir depuis octobre 2024. Le principal objectif de cette visite : rassurer ce client essentiel de lâindustrie française de lâarmement. AprĂšs l'achat en 2022 de 42 Rafale, l'IndonĂ©sie pourrait passer de nouvelles commandes d'avions, dâhĂ©licoptĂšres et mĂȘme de sous-marins ScorpĂšne. Cette visite intervient opportunĂ©ment aprĂšs que la rĂ©putation du Rafale ait Ă©tĂ© entachĂ©e par sa destruction en mai par lâarmĂ©e pakistanaise, Ă©quipĂ©e d'armes chinoises.
L'IndonĂ©sie, gigantesque archipel situĂ© Ă un carrefour stratĂ©gique, reprĂ©sente aussi un partenaire incontournable pour le contrĂŽle des routes maritimes vitales. Comme au Vietnam, Macron joue ici la carte du partenaire neutre, prĂŽnant une troisiĂšme voie entre la Chine, premier partenaire commercial de lâIndonĂ©sie, et les Ătats-Unis, alliĂ© militaire majeur. Pour mieux se vendre, Macron a profitĂ© de cette escale pour afficher un prĂ©tendu soutien Ă la cause palestinienne, affirmant qu'il n'existe pas de "double standard" entre les crises ukrainienne et palestinienne â une position cynique quand on connaĂźt le soutien français Ă IsraĂ«l depuis octobre dernier.
Cette mise en scĂšne nâefface pas la rĂ©alitĂ© dâune rencontre entre deux dirigeants aux mĂ©thodes autoritaires similaires : austĂ©ritĂ© Ă©conomique, rĂ©pression politique et militarisation accrue. Macron et Subianto partagent ainsi plus quâun simple intĂ©rĂȘt Ă©conomique : une mĂȘme vision rĂ©actionnaire du pouvoir.
DerniĂšre Ă©tape, Singapour accueille Macron Ă lâoccasion du prestigieux Shangri-La Dialogue, forum majeur sur la sĂ©curitĂ© en Asie. Macron aura lâhonneur inĂ©dit dây prononcer le discours inaugural, confirmant lâimportance stratĂ©gique croissante que la France accorde Ă lâIndo-Pacifique.
Cette rĂ©gion, oĂč la France dispose de nombreux territoires dâoutre-mer tels que Mayotte, La RĂ©union et la Nouvelle-CalĂ©donie, concentre aujourdâhui 93 % de sa zone Ă©conomique exclusive. Câest aussi lâun des théùtres principaux des tensions grandissantes entre Chine et Ătats-Unis, tensions que Macron espĂšre exploiter pour replacer l'impĂ©rialisme français au centre du jeu mondial.
Mais derriĂšre la façade diplomatique et les discours pacifiques, c'est bien l'impĂ©rialisme français, prĂȘt Ă dĂ©fendre ses intĂ©rĂȘts Ă©conomiques et stratĂ©giques par tous les moyens, qui reprend du souffle en Asie. Loin des dĂ©clarations apaisantes, Macron poursuit la mĂȘme politique expansionniste et prĂ©datrice qui a marquĂ© lâhistoire française. Une vĂ©ritĂ© crue que les discours officiels ne parviendront pas Ă masquer.
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