Kessel

🇧🇷​​ Carrefour dans la tourmente du bœuf brésilien

On parle de l'État français qui vit à crédit jusqu'à la fin de l'année, d'Elon Musk devenu l'homme le plus riche de l'histoire, des nouvelles taxes douanières de Trump, des taux d'emprunt de la France qui augmentent et de la potentielle hausse de la flat tax. Pour le décryptage, on parle des tensions entre Carrefour et le Brésil.

Économix
6 min â‹… 28/11/2024

Voici ce que j’ai pour vous cette semaine :

À PARTIR DU LUNDI 25 NOVEMBRE, L’ÉTAT FRANÇAIS VIT À CRÉDIT JUSQU’À LA FIN DE L’ANNÉE

Autrement dit, les administrations publiques ont Ă©puisĂ© toutes leurs ressources et vivent Ă  crĂ©dit jusqu’à la fin de l’annĂ©e, donc pendant 36 jours. Ce calcul est rĂ©alisĂ© sur la base des donnĂ©es entre les recettes et les dĂ©penses de l’INSEE en 2023, ce qui aboutit donc Ă  matĂ©rialiser l’ampleur du dĂ©ficit public non pas en termes de %, qui devrait s’élever Ă  6% en 2024, mais en nombre de jours. Mais cette tendance de vivre Ă  crĂ©dit pour la France n’est pas nouvelle, jamais depuis 1978, la France n'a fini l'annĂ©e sans avoir dĂ©pensĂ© tous ses euros. En revanche, il y a clairement une tendance d’augmentation du nombre de jours oĂą la France vit Ă  crĂ©dit, ce qui rĂ©sulte notamment d’une croissance lĂ©gèrement plus faible mais surtout d’une augmentation drastique des dĂ©penses dans un mĂŞme temps qui ne sont pas compensĂ©es. Pour rappel, le cap des 1 000 milliards de dette accumulĂ©e depuis le premier quinquennat d'Emmanuel Macron a Ă©tĂ© dĂ©passĂ© il y a quelques semaines, ce qui aboutit Ă  une dette totale supĂ©rieur Ă  3 200 milliards d’euros. Selon Eurostat, si l’on se compare aux autres pays de l’UE, toujours en termes du nombre de jours oĂą la France vit Ă  crĂ©dit, la France demeure au-dessus de la moyenne europĂ©enne (26 jours), avec 35 jours Ă  crĂ©dit - soit un jour de moins que l’étude de l’INSEE, qui s’explique par une mĂ©thode de calcul lĂ©gèrement diffĂ©rente. Le Portugal, l'Irlande, le Danemark et Chypre font quant Ă  eux figure de bons Ă©lèves : ils finissent l'annĂ©e dans le vert !

ELON MUSK : L’HOMME LE PLUS RICHE DE L’HISTOIRE

Avec une richesse avoisinant les 347,8 milliards de dollars, Musk affole les compteurs. Avec une fortune Ă©quivalente ou presque au PIB du Qatar ou de l’Irlande, le patron de Tesla et Space X prend le large sur Jeff Bezos le fondateur d’Amazon Ă  la deuxième place et ses 219 milliards de dollars de fortune selon Bloomberg. Cela s’explique en grande partie par le soutien financier de Musk dans la campagne prĂ©sidentielle de Donald Trump. Selon le magazine Forbes, quelques heures Ă  peine après l'officialisation de la victoire du candidat rĂ©publicain, les actions de Tesla ont flambĂ©, permettant Ă  son patron de gagner 15 milliards de dollars. Et un jour après le succès de Donald Trump, la fortune d'Elon Musk bondissait de quelque 26 milliards de dollars et au total, Musk est, aujourd’hui, environ 83 milliards de dollars plus riche que depuis le 5 novembre. Après avoir investi plus de 100 millions de dollars dans la campagne de son candidat favori, le milliardaire sud-africain apparaĂ®t comme l’autre grand gagnant du scrutin. Musk a Ă©tĂ© nommĂ© au ministère de “l’EfficacitĂ© gouvernementale” par Trump afin de rĂ©organiser l’administration fĂ©dĂ©rale et dont l’objectif premier sera de rĂ©duire de 2 000 milliards de dollars le budget fĂ©dĂ©ral, actuellement de 7 000 milliards de dollars. Musk et ses entreprises devraient aussi profiter de la position dĂ©rĂ©gulatrice de Trump, qui est plus en phase avec les intĂ©rĂŞts commerciaux du milliardaire. 

TRUMP A PROMIS DE TAXER À HAUTEUR DE 25% LES PRODUITS CANADIENS ET MEXICAINS IMPORTÉS, ET DE 10% CEUX CHINOIS

Une dĂ©cision qu’il justifie par les crises liĂ©es aux opiacĂ©s et Ă  l’immigration. Le prĂ©sident Ă©lu a dĂ©clarĂ© sur Truth Social : “Cette taxe restera en vigueur jusqu’à ce que les drogues, en particulier le fentanyl, et tous les immigrants illĂ©gaux arrĂŞtent cette invasion de notre pays!”. Alors que le Canada, le Mexique et la Chine font partie des principaux partenaires commerciaux des États-Unis, ces nouvelles annonces promettent d'accroĂ®tre les tensions commerciales. Suite Ă  l'annonce, le Canada a rappelĂ© qu’il Ă©tait “essentiel pour l’approvisionnement Ă©nergĂ©tique des États-Unis”. C’est notamment le cas sur le pĂ©trole brut, avec environ 3,4 millions de barils par jour qui transitent vers les États-Unis, ce qui reprĂ©sente 56% des importations amĂ©ricaines de pĂ©trole brut. La Chine a prĂ©venu mardi que “personne ne gagnera la guerre commerciale et que la coopĂ©ration Ă©conomique entre la Chine et les États-Unis est mutuellement bĂ©nĂ©fique”. Donald Trump souhaite aussi rĂ©introduire des droits de douane de 10% Ă  20% sur l’ensemble des produits entrant aux États-Unis en provenance de l’Union europĂ©enne. De nombreux Ă©conomistes estiment qu'une hausse des tarifs douaniers augmenterait le coĂ»t des produits importĂ©s aux USA. Cela pourrait entraĂ®ner une inflation domestique, ce qui pèserait sur les consommateurs amĂ©ricains, en particulier les mĂ©nages Ă  faible revenu mais aussi sur la compĂ©titivitĂ© des entreprises, ce qui pourrait entrainer des pertes d’emplois. Enfin utiliser les droits de douane pour rĂ©soudre des crises comme celle des opiacĂ©s ou de l’immigration semble Ă©conomiquement dĂ©connectĂ©. Cette mesure semble davantage motivĂ©e par un discours populiste visant Ă  satisfaire une base Ă©lectorale. En associant des thèmes forts (drogues, immigration) Ă  une action Ă©conomique (taxes), cela crĂ©e un message simple et percutant, mais potentiellement inefficace.

LES INVESTISSEURS ONT PEUR DE LA SITUATION ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE FRANÇAISE

Pour preuve, le taux auquel l'État français emprunte sur les marchĂ©s financiers ne cesse de progresser. La diffĂ©rence entre le taux allemand et le taux français a atteint un Ă©cart, qu’on appelle spread, qui n’avait pas Ă©tĂ© atteint depuis 2012. Très concrètement, sur un emprunt Ă  10 ans, qui est la durĂ©e de rĂ©fĂ©rence sur les marchĂ©s, l’Allemagne emprunte Ă  2,18% contre 3,05% pour la France, soit un spread de 0,87%, du jamais vu sur ces 12 dernières annĂ©es. Toujours sur une durĂ©e de 10 ans, la France emprunte mĂŞme dĂ©sormais plus cher que le Portugal Ă  2,69%, l’Espagne Ă  2,94% et se rapproche de la Grèce qui est Ă  3,07%. Cette flambĂ©e du taux français est la combinaison de plusieurs facteurs : D’abord Les marchĂ©s sanctionnent le retour du risque politique en France. Le Premier ministre Michel Barnier a dĂ©clarĂ© qu'il aurait probablement recours Ă  l'article 49-3 de la Constitution pour adopter son projet de budget. En retour, les groupes d'opposition LFI et RN ont indiquĂ© qu'ils pourraient voter dès le mois prochain une motion de censure du gouvernement, ce qui laisse prĂ©sager encore de l’instabilitĂ© politique dans l’Hexagone. Et depuis des dĂ©cennies, la France s’endette continuellement pour couvrir ses dĂ©ficits budgĂ©taires, pour atteindre un niveau inĂ©dit de 3200 milliards d’euros de dette. Le problème Ă©tant que la France s’endette tellement que cela pèse de plus en plus sur les finances publiques. Le service de la dette reprĂ©sente dĂ©jĂ  50 milliards d’euros par an et est projetĂ© Ă  plus de 80 milliards Ă  l’horizon 2027, soit plus que le budget actuel de la dĂ©fense. Alors que la dette s’élève Ă  112 % du PIB, l’un des plus Ă©levĂ©s de la zone euro, les marchĂ©s traduisent directement leurs inquiĂ©tudes via le risque qu'ils sont prĂŞts Ă  prendre pour prĂŞter Ă  la France.

VERS UNE AUGMENTATION DE LA FLAT TAX EN 2025 ?

Ă€ 174 voix pour et 167 contre, les sĂ©nateurs ont votĂ© pour l’augmentation de 3 points le prĂ©lèvement forfaitaire unique (PFU), plus connu sous le nom de Flat tax. Pour rappel, cette taxe qui a Ă©tĂ© créée en 2018 a pour but d’allĂ©ger et simplifier la fiscalitĂ© de l’épargne. C’est un impĂ´t Ă  taux unique qui s’applique aux revenus du capital, comme les intĂ©rĂŞts, les dividendes et les plus-values sur les placements financiers (assurance vie, livrets bancaires, PEL…). Ces revenus sont actuellement soumis Ă  un taux global de 30% (12,8% d'impĂ´t forfaitaire et 17,2% de prĂ©lèvements sociaux). Avec ce nouveau taux votĂ© Ă  33%, l’amendement prĂ©voit de porter de 12,8% Ă  15,8% la part des revenus du capital soumise Ă  l’impĂ´t sur le revenu. AjoutĂ©s aux 17,2% de prĂ©lèvements sociaux, on obtient bien une flat tax au taux global de 33%. Les recettes fiscales supplĂ©mentaires attendues de cette Ă©volution sont de l'ordre de 800 millions d’euros annuels. Mais le vote d’une hausse de la flat tax n’est pas dĂ©finitif. La commission mixte paritaire qui devrait se rĂ©unir le 12 dĂ©cembre aura le dernier mot sur l’application de cette mesure ou non. Il n'est donc pas sĂ»r que la hausse de la fiscalitĂ© du capital y survive. Elles pourraient aussi disparaĂ®tre Ă  la faveur d'un recours Ă  l'article 49-3 par le gouvernement pour faire adopter le budget. Je vous tiendrai au courant du sort final de cette mesure qui a de quoi inquiĂ©ter les contribuables français. 



L’exploration Éco de la semaine

Carrefour pris dans la tourmente du bœuf brésilien : une controverse transatlantique

Un scandale qui franchit les frontières

Carrefour, géant français de la grande distribution, est au cœur d’une polémique internationale. La décision de son PDG, Alexandre Bompard, de cesser d’approvisionner ses magasins français en bœuf provenant des pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, et désormais Bolivie) a provoqué une vive réaction au Brésil. Face à la pression, Bompard a accepté de présenter des excuses publiques au gouvernement brésilien pour tenter de calmer les tensions.

Une décision lourde de conséquences

La décision initiale de Carrefour, annoncée par Bompard sur les réseaux sociaux, visait à soutenir les agriculteurs français opposés à l’accord de libre-échange UE-Mercosur. Les producteurs français dénoncent une concurrence jugée déloyale, soulignant les coûts de production plus faibles en Amérique du Sud, où les normes environnementales et sanitaires sont moins strictes. Si cette décision a trouvé un écho favorable en France, elle a provoqué l’indignation des éleveurs brésiliens et des géants de la viande comme JBS et Marfrig, qui ont immédiatement interrompu leurs livraisons à Carrefour au Brésil.

Des excuses sous pression

Selon des sources proches du dossier, l’ambassadeur de France au Brésil, Emmanuel Lenain, planifie une rencontre avec Carlos Fávaro, ministre brésilien de l’Agriculture, pour discuter de la crise. Le ministère brésilien en a profité pour réaffirmer la qualité de la viande nationale, tout en dénonçant une démarche protectionniste de la part de Carrefour. En parallèle, Carrefour prévoit une déclaration publique dans les deux pays pour souligner que ses rayons en France n'ont jamais proposé autre chose que de la viande française.

Le boycott brésilien

Carlos Fávaro, ministre de l’Agriculture, n’a pas mâché ses mots : « Si le bœuf brésilien n’est pas assez bon pour les rayons de Carrefour en France, il ne l’est pas non plus pour ses magasins au Brésil. » Les enseignes Carrefour au Brésil ont reconnu l’impact du boycott, même si elles assurent que l’approvisionnement en viande reste pour l’instant stable. Dans un communiqué, elles expriment leur volonté de trouver une solution pour satisfaire leurs millions de clients brésiliens tout en respectant leurs engagements envers leurs 130 000 employés dans le pays.

Un contexte économique et politique tendu

Ce conflit s’inscrit dans un cadre plus large, marqué par les négociations autour de l’accord commercial UE-Mercosur. Cet accord, bloqué depuis 2019, promet d’accroître les importations agricoles sud-américaines vers l’UE. Les agriculteurs européens, notamment français, craignent pour leur survie économique. Par ailleurs, le Brésil redoute l’impact du futur règlement européen sur la déforestation, qui pourrait interdire l’importation de produits agricoles liés à la déforestation.

L’Amazonie au cœur des débats

Près de la moitié du bétail brésilien est élevé en Amazonie, une région où la déforestation pour les pâturages est un problème majeur. Depuis 1985, 90 % des terres déboisées dans cette région ont été converties en pâturages. Si le règlement européen venait à entrer en vigueur, il pourrait considérablement affecter les exportations agricoles brésiliennes.

Une résolution encore incertaine

Alors que Carrefour cherche à apaiser les tensions et à éviter une crise diplomatique, le scandale illustre les défis croissants d’un commerce mondialisé confronté à des préoccupations environnementales, économiques et politiques. Reste à voir si les discussions bilatérales permettront de tourner la page ou si cette affaire marquera un précédent dans les relations commerciales entre l’Europe et l’Amérique du Sud.


Le Graph’ de la semaine


Les échanges commerciaux entre l’UE et le Mercosur


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Merci d'avoir pris le temps de lire cet article. À la semaine prochaine !

Laurent - Cosmos Finance

Économix

Par Laurent Cosmos Finance

L’économie pour tous. Vraiment pour tous.

Je m’appelle Laurent, fondateur de Cosmos Finance, et depuis 2022, je me suis donné une mission : rendre l’économie intelligible, utile et accessible à chacun.

Sur TikTok et Instagram, mais aussi dans ma newsletter, je vulgarise l’actualité économique, les grands concepts financiers et les stratégies concrètes qui permettent de mieux comprendre le monde qui nous entoure. Parce que l’économie n’est pas qu’une affaire d’experts : c’est ce qui détermine le prix de ton logement, ton pouvoir d’achat, la stabilité de ton job ou la rentabilité de ton épargne.

Une conviction : la connaissance économique, c’est un droit

Je crois profondément qu’un citoyen bien informé est un citoyen plus libre. Aujourd’hui encore, le manque de culture économique est un vrai facteur d’inégalité — il freine la mobilité sociale, la compréhension des enjeux publics, et l’autonomie financière. Ce n’est pas une fatalité.

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