Voici ce que j’ai pour vous cette semaine :
LES PISTES DE GÉRALD DARMANIN POUR FAIRE DES ÉCONOMIES
L'ancien ministre des Comptes publics, de 2017 à 2020, prône l'augmentation du temps de travail. Pour Darmanin, désormais député Ensemble pour la République (EPR) : “le sujet en France est qu'on ne travaille pas assez”. Dans ce cadre, il préconise le passage “à 36 ou 37 heures” de travail hebdomadaires dans le secteur public et “la suppression d'un deuxième jour férié dans le public comme dans le privé”. Le problème étant que l’augmentation du nombre d’heures de travail sans suppression de postes en parallèle n’a aucun effet pour faire des économies à court terme. Pour vraiment faire des économies, l’idée serait de supprimer des postes qui seraient compensés par l’augmentation du nombre d’heures de travail. Or, on ne peut pas licencier dans le public, ce serait alors les départs à la retraite qui ne seraient pas remplacés, ce qui met plusieurs années avant d’avoir de véritables effets sur la réduction des coûts du personnel dans la fonction publique. Une mesure qui ne va donc pas dans l’urgence de Michel Barnier de faire des économies urgemment sur les 2 prochaines années. Autre mesure proposée par Darmanin : supprimer la prime d’activité qui est le complément de salaire versé par l’Etat à 4,5 millions de foyers aux revenus modestes, et qui coûte chaque année à l’État plus de 10 milliards d’euros. Darmanin plaide aussi pour l'augmentation des droits d'inscriptions pour les étudiants étrangers et revendre les participations de l’État dans les grandes entreprises comme Orange par exemple. Des propositions qui ont peu de chance de faire consensus dans l'hémicycle, mais Michel Barnier a annoncé vouloir réaliser 40 milliards d'euros d'économies et 20 milliards de hausses d'impôts pour ramener le déficit public de 6% à 5% du PIB.
OÙ TROUVER 150 MILLIARDS D’EUROS D’ÉCONOMIES D’ICI 2050 ?
L’Institut Montaigne n’y est pas allé de main morte dans ses propositions pour réduire le déficit public. Le think tank d’obédience libérale propose notamment de reculer l’âge de la retraite à 66 ans d’ici 2050, ce qui permettrait de dégager 30 milliards d’euros d’économies selon les calculs de l’institut. L'Institut Montaigne propose aussi de désindexer l'augmentation des pensions de retraite sur le SMIC – dont le montant est lui-même calqué sur l'inflation – pendant quatre ans. La pause permettrait à l'État de ne pas dépenser 29 milliards d'euros supplémentaires. Toujours sur le volet des retraites, l'organisme suggère également de supprimer la niche fiscale sur les pensions de retraite, c’est-à -dire l’abattement fiscal automatique de 10% dans la limite de 4258 euros par foyer fiscal, qui représente encore 8,4 milliards d'euros de manque à gagner pour l’État. Ici, ce serait donc les retraités les plus modestes qui seraient principalement touchés. L'Institut Montaigne recommande aussi de ne pas remplacer un départ à la retraite sur deux de fonctionnaire durant quatre ans, pour 2,7 milliards d'économies à la clé selon l’institut. Parmi les autres propositions, on retrouve la baisse de la dotation des donations pour les collectivités locales, qui permettrait de dégager 25 milliards d’euros, ou encore de changer le système de tarification de la santé et la réduction des séjours en maternité qui permettraient de réduire de 9,2 milliards d’euros les dépenses.
SUPPRESSION D’UN JOUR FÉRIÉ POUR FINANCER LES EPHAD
Un rapport du Sénat plaide pour instaurer un jour de solidarité pour financer les Ehpad qui rencontrent des “difficultés économiques inédites”. 66% étaient déficitaires en 2023, selon la Direction générale de la cohésion sociale. La crise inflationniste, l’augmentation des salaires et celle des dépenses de fonctionnement sont venues aggraver les problèmes de ces établissements. Au-delà des investissements importants, aussi bien humains que financiers, pour redresser l’état des Ehpad, les sénatrices Chantal Deseyne (LR), Anne Souyris (Écologiste) et Solanges Nadille (RDPI) plaident pour créer “une deuxième journée de solidarité”. En d’autres termes, sacrifier un jour de repos, afin de travailler davantage, sans être rémunéré, pour le bien collectif. Selon les sénatrices : “la création d'une deuxième journée de solidarité, qui pourrait se traduire par la suppression d'un jour férié, permettrait de générer 2,4 milliards d'euros de recettes supplémentaires.”Pour rappel, la première journée de solidarité a été instaurée en 2004, et, en principe, elle correspond initialement au lundi de Pentecôte. Cependant, depuis 2008, les entreprises peuvent choisir une autre date pour cette journée en concertation avec les salariés. Celle-ci vise à “financer des actions en faveur de l'autonomie des personnes âgées ou handicapées”. La journée rapporte environ trois milliards d’euros dans les caisses de l’État chaque année, menant à un pactole de 37 milliards pour l’autonomie, entre 2004 et 2020.
SANTÉ : BAISSE DES REMBOURSEMENTS, HAUSSE DES MUTUELLES
Le gouvernement envisage que le taux de remboursement pour une consultation médicale passe de 70% aujourd’hui à 60% prochainement pour tenter de juguler le déficit de la Sécurité sociale qui devrait atteindre 17 milliards d’euros en 2025. Pour une consultation chez le généraliste, qui coûtera d’ailleurs 30€ à partir de novembre prochain au lieu de 26,5€ actuellement conformément à la nouvelle convention médicale, vous seriez alors remboursé par la Sécu de 16€ au lieu de 19€, le reste à charge étant complété par votre mutuelle. Pour rappel, les soins dentaires sont déjà moins biens remboursés depuis 1 an par la Sécu avec un taux de 60% au lieu de 70% auparavant, augmentant de facto le ticket modérateur pour les organismes de complémentaire santé. Selon une enquête réalisée par les cabinets de conseil en actuariat Galea et Actélior, il faudra s’attendre à une hausse moyenne de 5,5% des tarifs des mutuelles en 2025. Le coût de l’austérité sera donc supporté par un bon nombre de travailleurs : se soigner coûtera plus cher. Les personnes qui ont une mutuelle payeront toujours uniquement la participation forfaitaire de deux euros lors de chaque visite chez le généraliste mais le coût du contrat de mutuelle sera plus élevé. En revanche, une telle mesure frappera de plein fouet les plus précaires et notamment ceux qui n’ont pas de mutuelle, au nombre de 3 millions aujourd’hui.
ELON MUSK “À FOND” POUR DONALD TRUMP
Alors que l’élection aura lieu le 5 novembre prochain, donc dans moins d’un mois, l’homme le plus riche du monde, propriétaire du réseau social X mais aussi de Tesla ou encore SpaceX était présent samedi à un meeting de l'ancien président. Il avait alors assuré que Donald Trump devait gagner le 5 novembre «pour préserver la Constitution et la démocratie». Lors d’une interview diffusée lundi 7 octobre avec le présentateur conservateur Tucker Carlson, Musk a déclaré être “à fond” pour le candidat républicain. Au cours de l'interview, Elon Musk a également accusé le camp démocrate, donc le camp de Kamala Harris, d'acheminer selon lui des migrants «illégaux» dans une poignée d'États clés pour qu'ils obtiennent à terme la nationalité américaine et votent démocrate. Des arguments souvent évoqués par la droite conservatrice américaine. Selon les données des agences gouvernementales américaines, quelque 54.000 personnes ont obtenu l’asile politique en 2023, alors que la population américaine dépasse les 330 millions de personnes. Au-delà de l’aspect migratoire, Musk perçoit les démocrates comme favorables à des impôts plus élevés, à davantage de réglementations et à un plus grand contrôle du gouvernement sur divers secteurs, notamment la technologie et l'énergie. Les entreprises de Musk, telles que Tesla et SpaceX, pourraient être directement affectées par une réglementation accrue, et la position dérégulatrice de Trump est plus en phase avec les intérêts commerciaux de Musk.
L’exploration Éco de la semaine
L’IA pour stimuler l’économie européenne
Le marché mondial de l'intelligence artificielle (IA) générative connaît une croissance rapide, avec des prévisions de 30 à 40 % par an. Bien que les États-Unis soient les leaders incontestés dans ce domaine, l'Europe fait également des progrès importants. En particulier, l'Espagne se distingue par son environnement commercial et ses financements pour startups, surpassant même des pays comme l'Allemagne et la France.
La France, par exemple, se classe 9e parmi les meilleurs pays au monde pour la création d'entreprises dans l'IA, avec un score de 68,58/100. Elle a attiré un investissement privé total de 9,42 milliards d'euros dans l'IA et est le pays de l'Union européenne qui compte le plus grand nombre d'entreprises d'IA nouvellement financées. Toutefois, il est à noter que le nombre d'embauches dans le secteur de l'IA en France a légèrement diminué en 2023, un signe que la compétition mondiale se durcit.
Christoph Cemper, fondateur d'AIPRM, souligne cette tendance : « Démarrer dans l'IA devient de plus en plus compétitif, alors que l'industrie continue de croître à un rythme rapide. » Cette compétition pourrait néanmoins apporter à l'Europe de nombreux bénéfices. Selon McKinsey & Company, l'IA générative pourrait ajouter jusqu'à 521 milliards d'euros à l'économie européenne, soit environ un dixième du PIB de l'Allemagne.
Cependant, l'Europe reste en retrait sur plusieurs segments clés de l'industrie de l'IA. Par exemple, elle ne détient que moins de 5 % de parts de marché dans des domaines essentiels comme la conception et la fabrication de semi-conducteurs d'IA, l'infrastructure cloud, et les superordinateurs. Pour remédier à cela, la Commission européenne a mis en place un paquet d'aides en janvier 2024 pour soutenir les startups et les PME dans ce secteur émergent.
L'un des grands défis reste l'accès à une énergie compétitive en Europe, car la demande énergétique des centres de données pourrait représenter jusqu'à 5 % de la consommation totale d'électricité d'ici la fin de la décennie. Pour maximiser l'impact de l'IA, l'Europe devra également augmenter ses investissements dans des secteurs clés comme la santé et la défense, tout en soutenant les initiatives de requalification et de rétention des talents.
Le rapport de McKinsey souligne également que la productivité du travail en Europe s'est ralentie ces dernières années. L'adoption de l'IA pourrait cependant stimuler la croissance de la productivité jusqu'à 3 % par an d'ici 2030, un avantage non négligeable pour le continent.
À l'échelle mondiale, l'IA générative est en plein essor. En 2023, le marché était évalué à plus de 130 milliards d'euros. Les États-Unis ont dominé le secteur avec 62,5 milliards d'euros d'investissements privés, tandis que l'Union européenne et le Royaume-Uni ont attiré ensemble environ 9 milliards d'euros. Ce dynamisme a permis une augmentation de 40 % du nombre d'entreprises d'IA créées dans le monde en 2023.
Selon le classement d'AIPRM, les États-Unis restent le meilleur endroit pour créer une entreprise d'IA, mais six des 14 pays figurant dans ce classement sont européens. La Suède, par exemple, s'est démarquée avec une croissance impressionnante des revenus de 1 127 %, la plaçant en troisième position. La Suisse, quant à elle, occupe la quatrième place mondiale grâce à un environnement commercial attractif, tandis que l'Allemagne, bien que puissante, se trouve en sixième position en raison de conditions de financement jugées moins favorables.
Pour résumer, bien que l'Europe soit encore en retard par rapport aux États-Unis, des pays comme la France, l'Espagne, la Suisse et la Suède montrent des signes prometteurs. Avec une adoption accrue des technologies d'IA, des investissements dans l'infrastructure et des politiques énergétiques favorables, le continent pourrait encore rattraper son retard et devenir un acteur majeur dans le secteur de l'intelligence artificielle.
Le Graph’ de la semaine
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